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Moi, Cybèle, gougnotte...

L'histoire commence au début de ma vie, alors rassurez-vous, je ne vais pas tout raconter.
Mais pour résumer, je pense que la première fois que je me suis sentie différente, c'est à la maternelle.

Moi, j'ai jamais été une Barbie, je cumule, je suis gouugnotte et en plus, androgyne. J'aurais bien voulu parfois être une barbie, ça aurait été bien pratique : ressembler à tout le monde, enfin plutôt à toutes les autres filles, porter des fringues féminines, ne pas aimer le bricolage ou toute autre activité manuelle, préférer la danse au judo, préférer faire de la broderie que mettre les mains dans le PC, préférer passer une soirée en boîte plutôt qu'autour d'une bonne bière (encore que ça...). J'aurais préféré ressembler à n'importe quelle fille, avant, du temps où je ne comprenais pas.

Puis un jour, la révélation, je ne pouvais plus y echapper, non... C'est pas que j'avais des amitiés très fortes avec certaines nanas, c'est que j'en étais dingue, complètement amoureuse! Et dans ces conditions, je comprenais vraiment mieux pourquoi je faisais tout pour ressembler à l'ideal de ces dames.

Les pauvres si elles savaient... Mes amies de collège, de lycée... J'ai jamais eu de regard malsain sur aucune nana, je crois, Mais pas neutre, ça... Mais bon, je m'égare. Je vais tenter de raconter ma découverte de façon chronologique!

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La découverte de mon homosexualité s'est faite très progressivement. Comme je l'ai déjà dit, je l'ai toujours su. Mais elle m'est apparue évidente le jour où la relation amicale que j'entretenais avec une fille est devenue très ambigüe. Là, pas la peine de faire semblant, c'était pas possible autrement, ressentir autant de choses, aussi bien mentalement (Une obsession, mais un truc de dingue!) que physiquement.

Ca peut paraître stupide, mais je n'avais jamais compris pourquoi les hétéros passaient leur temps à s'embrasser, parce que moi, j'y trouvais pas grand-chose... Ca me laissait de glace. Je trouvais ça technique, marrant mais pas très excitant.

Et puis donc, arès l'évidence, la trouille : Ben oui, c'est pas pour rien qu'on refoule pendant des années. Les pires homophobes, c'est nous-mêmes. On ne peut pas se piffer comme ça, différents des autres, on doit renoncer à une vie "normale", à une vie comme tout le monde, qui tombe sous le sens, qui découle naturellement... Non, nous, on va devoir affronter... Le regard des autres, et aussi, simplement, le nôtre.

Avant de m'admettre homo, j'étais profondemment homophobe. Normal, je me détestais, je ne voulais pas laisser mes pulsions gagner (comme s'il s'agissait de "pulsions" à l'état pur, des trucs de sauvages, sales.) Je pensais même qu'ils "auraient pu faire un effort, se maquer entre eux, pour se remettre dans le droit chemin!" Il faut dire, pour ma défense, que je n'ai pas vraiment évolué dans une famille ouverte à ce niveau. Pourtant, mes parents ont eu ou avaient même à ce moment des amis homos, mais le terme "hétérosexuel" existait d'après mon père pour marquer la différence entre normal et pas normal. Ce terme n'aurait pas dû exister... Pas évident alors d'avouer qu'on est pas normal justement.

Mais au fait, le droit chemin de qui? Pourquoi? Pour faire quoi?? Ca, c'est une question que je m'étais pas encore posée... C'était loin d'être le cas. Lorsque je me suis découverte, je m'apprétais à passer quelques années d'un parcours hors normes pour tenter de m'accepter au mieux, là où j'en suis actuellement, une... homosexualité quasi assumée. (je suis perfectionniste, j'en ai jamais assez!)

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On va remonter un peu avant. Je n'ai jamais été une enfant très joyeuse dans mon souvenir mais il y a beaucoup de causes à ça. Un peu solitaire sur les bords, rêveuse, la tête dans les nuages... Mes amis étaient des deux sexes mais gamine, je trouvais les filles assez stupides. Je m'amusais beaucoup plus avec les garçons, à faire des jeux sportifs, plutôt que jouer à l'élastic... J'étais un vrai garçon manqué!

Ca ne m'a pas posé de problème tout de suite d'ailleurs. Mais plus tard j'ai commencé à me dire que c'était étrange, que les autres filles, elles, n'étaient pas comme ça.
Une de mes soeurs m'a dit un jour qu'on ne savait pas si j'étais une fille ou un garçon. Les filles ne pouvaient me considérer en égales et les garçons ne pouvaient pas être attirés! Il me fallait changer! Début... D'une phase très difficile pour moi.

Avant ça, j'étais déjà tombée amoureuse au moins une fois. C'était très fort, et j'avais le mot "aimer". J'avais 9 ans même pas, et je faisais tout pour m'en rapprocher, tout en sachant très bien que ce n'était pas bien. J'ai eu conscience très jeune que tout ça n'était pas normal, que je n'étais pas comme les autres, et que j'étais amoureuse de filles.

J'ai donc tenté de ressembler aux autres mais ce fut évidemment un échec, on ne peut pas aller contre sa nature. Cet echec m'a mise plus bas que terre, j'ai passé une adolescence vraiment difficile, oscillant entre idées noires, rebellion, bêtises, amours impossibles et flirt inutiles avec des garçons, pour faire comme tout le monde.

Pour faire plaisir à tout le monde, pour faire comme les autres, et surtout, pour ne pas me faire remarquer, je sortais avec des mecs... Quand ils faisaient la démarche pour sortir avec moi, sinon, je ne leur adressais même pas un regard.
C'est vrai qu'à ce moment, je me demandais pourquoi mes copines semblaient trouver un intérêt à certains mecs, ils me laissaient tous de glace... C'est vrai, j'ai toujours bien aimé les mecs, mais ils ne m'ont jamais attirée. Je ne suis jamais tombée amoureuse d'un seul spécimen masculin... Jamais.

A contrario, j'étais très amoureuse de certaines filles, et toujours fidèle, ça durait chaque fois quelques années.

C'est dans ces conditions que j'ai rencontré mon premier mec "sérieux". Il a voulu sortir avec moi, j'ai accepté, c'était nul, je m'ennuyais ferme. Non, vraiment il était gentil, adorable, je suis sûre que pour n'importe quelle hétéro ce serait un type super mais... Pour moi c'était... Technique et sans sentiments.
Et puis, plus tard, une semaine après m'avoir allongée dans son lit, il m'a plaquée, parce que je ne l'avais pas rappelé. Il dira plus tard que notre relation ne décollait pas etc. Ah ben, c'est sûr hein! Sans importance. Je m'en foutais. Vraiment...

Après quoi, je suis sortie pendant 1 an avec le frère de la nana dont j'étais éperduement amoureuse. Ca n'a pas pu durer plus, parce qu'après, je n'étais plus amoureuse de sa soeur, aujourd'hui en couple avec une femme, elle aussi... Alors, on s'est séparés.

Juste avant de rencontrer ma première copine, j'étais lasse, marre des mecs, alors que je n'y avais jamais réellement goûté, dans le sens où j'ai construit des histoires basées sur du néant, sans aucun sentiment. Des histoires nulles, et celle juste avant ma première nana, c'était la plus nulle du monde.
Comme j'ai honte! Pauvre garçon!! J'ai passé mon temps à esquiver toute relation physique... Prétextant n'importe quoi. il semblait amoureux, je n'en pouvais plus, mais me forçais. J'allais partir en stage d'orchestre... Moi qui ne buvais pas une goutte d'alcool, qui ne fumais que la cigarette, qui étais sage comme tout, je suis rentrée imbibée, et en ayant trompé mon mec... Avec une fille.

Je vous assure que la transition a été un peu rude! J'ai toujours été très exigente et surtout avec moi-même. Il faut toujours que je me maîtrise mais là, tout est parti d'un coup!

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Tout ça pour dire que le premier regard est abominable, et en rentrant chez moi, après ce stage où j'ai rencontré ma première conquète féminine, j'ai senti physiquement une chose abominable: Le poids de mon homosexualité sur mes épaules. Un sentiment très prégnant, une sensation intense, un poids, de chaque côté, sur chaque épaule, lourd... Lourd... "Outch!"

Ma gueule dans le miroir... Moi, j'étais une faible, j'allais devoir succomber à la force de la sexualité, de l'attirance, que dis-je... Avant tout, de l'amour. (c'est cucu?? Ouais, ben, en tout cas, c'est ça...) J'avais laissé gagner des pulsions que j'avais endormie, consciemment, inconsciemment, je ne sais pas bien.

Pas moyen d'en parler à qui que ce soit, personne n'aurait compris. Tu parles, en fait, sûrement que quelqu'un aurait compris, mais il aurait fallu que je mette des mots sur ce que j'étais, et je n'y étais pas du tout!! Abominable que de dire "voilà, il faut que je te parle, j'ai besoin de ton aide, toi, ami(e) qui m'a connue différente, aujourd'hui, je suis avec une nana, et c'est la première fois que je suis amoureuse...". J'ai préféré me taire. Et puis, ma belle nana dont j'étais folle, elle qui était la seule à partager mon secret, et qui m'a... ô tant aidée, au début (j'y reviens dans un instant) me quittait... Toutes les histoires ont une fin... Celle-ci n'aura duré que deux mois, il ne s'est rien passé d'intense, a priori, sauf que dans ma tête, ça été deux mois comme jamais j'en ai revécu... Un tel mouvement, une telle révolution!

Donc, ma première copine, que je ne remercie pas, au passage, m'a appris au début à bien avoir honte de notre condition. Je la comprends, sa mère lui faisait faire une prise de sang par mois, la traitait de tous les noms, et on ne réagit pas pareil, face à ces problèmes. Moi, je m'entête, elle, s'est tue.

Donc, C. au début, m'a appris à bien dire "fatiguée" au lieu d'"homo". Un nom de code discret pour pouvoir évoquer l'homosexualité dans le métro... Elle m'a également appris à se dire que c'était horrible, qu'on ne pouvait pas se tenir la main dans la rue, comme les autres... M'a appris la clandestinité. Je n'ai donc pas jugé utile d'en parler, lorsqu'elle m'a plaquée... Sauf à un de mes meilleurs amis, sans qui je ne serais sans doute plus ici actuellement.
En fait ma première copine vivait réellement tout ça très mal et ne voulait pas m'entraîner là-dedans.

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Les premiers moments dans une vie d'homo, tout se bouscule. On se demande si on va avoir les épaules suffisamment larges pour supporter ça. Et évidemment, d'ailleurs, on se dit que non. Ca paraît peut-être pas comme ça, mais on sait que c'est un truc à vie, qu'on va être obligée d'en parler, ou de le cacher, mais une fois que ça s'est passé, plus de retour, plus de refoulement possible, il faut agir, et franchement, on avait pas forcément dans l'idée de se faire remarquer!

Personnellement, ma première réaction a été une dépression. Pas soignée autrement qu'en anxyolitiques, j'ai simplement vu un médecin généraliste qui m'a filé des ptites gouttes pour dormir, comme les 'tits vieux. Ben, ouais, 3 mois à dormir 3h par nuits, je commençais à en avoir marre. Je ne pensais plus à rien, passais mon temps à regarder le plafond. Mes amis s'inquiétaient. Mais je les repoussais, pensais qu'ils allaient me rejeter. J'ai même une amie qui m'a carrément engueulée "Parle mais parle dis-nous! On dirait que tu es morte!". Mais rien ne sortait.

En fait j'étais mitigée parce que je pensais que personne ne comprendrait mais en ayant vécu ma petite histoire, je pensais également que c'était la première fois que j'avais ressenti ça (j'ai aussi pensé que c'était la dernière... ) et pensais également donc que ce n'était pas mal, puisque c'était pur, intense, de l'amour, le vrai. Pas comme ces mensonges amicaux que j'entretenais avec mes mecs...

Je dois avouer qu'à ce moment-là... J'ai eu un reflexe de survie : J'ai fini par parler à 3 personnes, trois murs de mon entourage. J'ai choisi ces personnes, je les savais "ouvertes" sur la question, je les savais discètes comme tout, je savais que je ne courais aucun risque à leur en parler. Une amie m'a donné le numéro du dispensaire, j'ai vu une psy pendant 6 mois... Juste quand j'aurais pu commencer à aborder des choses intéressantes, j'ai abandonné. Mais bon, j'allais mieux, quand même.

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Pour la suite, je ne serais pas grand-chose sans la première femme de ma vie (ouais, j'espère qu'il y en aura au moins une autre!). Kaka, elle, au début, elle croyait que tout le monde s'en fichait, qu'on pouvait s'embrasser au milieu de la place des innoncents à Paris sans que quiconque pose ses yeux sur ce moment d'intimité.

C'est pas tout à fait le cas, mais depuis ce jour, j'ai compris que plus on cache, plus on nous en veut. A contrario, plus on assume, plus les gens comprennent/s'en foutent/ou même s'ils en pensent quelque chose, je m'en tape. On peut prendre ça pour de l'agresssivité, mais c'est de la survie. Parce que des horreurs, quand on est homo, on en voit et... Ce n'est pas parce qu'on est homo qu'on est "dans le vice". Sauf qu'au début, on ne sait pas toujours très bien ça, et l'on peut avoir de drôles de surprises.

Les mecs viennent faire les malins devant les bars homos, se branler à la porte... (oui, moi, une b*** en action, c'est clair, ça me fait changer d'avis... hum!!)
Propositions indécentes ("plan à 3? Mater?? Allez, soyez sympas quoi!!") Beurk!
Mais le mieux, ce sont les histoires qu'on nous raconte.

Ben oui, nous autres, homos, on est dans le vice. Alors ces mêmes hétéros qui nous permettent de vivre en nos faisoant une faveur (et là, je pense à un ami en particulier...) se disent que s'ils nous racontent leurs fantasmes les plus abominables, on le les jugera pas, tout ça... Et là, ben, laissez-moi rire!!... Enfin, bref! Après, on peut dire que c'est les homos qui sont dans le vice... Mais moi, j'en suis pas si certaine!

Je ne détaille pas les horreurs du type agressions verbales, de fois où Kaka et moi on s'est faites virer de square parisiens (vivivi!!) etc etc. Cela dit, pour ça, je recommande le site d'Sos homophobie.

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Ensuite vient le temps où commençant à assumer de mon côté (et le dire à une petite dizaine de personnes!!) j'ai pris de moins en moins de précautions avec mes parents. Je comprends qu'ils aient eu du mal à comprendre... Etant donné les circonstances où ma mère l'a appris. Disons pour résumer qu'elle l'a compris et que je ne lui ai pas dit. Ce type de coming-out se produit bien souvent, et donne l'occasion aux parents d'avoir un reproche supplémentaire à faire : "tu nous as menti!" Oui, ben, j'avais pas tellement le choix en même temps...

Je voyais Kaka en amie officiellement, et régulièrement, elle restait dormir chez mes parents. Le plus souvent, c'était moi qui allais dormir chez ses parents. Eux, ils étaient au courant, et ne disaient rien. Moi... Ben, on ne cache pas ces histoires là trop longtemps, je trouve que pendant plus d'un an, c'est déjà un bon chiffre!

Bref, toujours est-il que le jour où mes parents ont compris, ça n'a plus trop rigolé. Alors, je fais une page dessus... Réservée aux différentes réactions connues.


Le cadavre exquis du moment :
Goudounet, c'est comme la Jupiler, sauf que ce sont surtout les femmes qui savent pourquoi.

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