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C’était la nuit. Il l’aimait, la nuit, car il aimait
l’obscurité. Il aimait par dessus tout se faufiler entre les
grillages des maisons, entrer dans les jardins, chasser ça et
là quelques petites bêtes s’étant
trouvées sur son chemin. Il aimait chasser oui,
c’était comme si son instinct perdu dès qu’il
passait le seuil de la chatière revenait au galop dès
qu’il se trouvait dans la verdure grise de la pénombre. Il se
prenait alors pour un lynx, rien ne pouvait l’arrêter.
L’art de la chasse… Il ne se souvenait plus qui lui
avait appris à se cacher, à rester immobile, à se
concentrer, comment observer sa proie sans bouger, en mesurant tous les
angles d’attaque pour choisir le meilleur. Et il était assez
fier de ses prouesses d’ailleurs, qui lui permettaient de se nourrir
doublement, se nourrir du délicat repas qu’on avait pas besoin
de chasser, tous les jours dans sa gamelle, ainsi que des superbes proies
joueuses. Ah les souris par exemple, étaient très joueuses
d’après lui. Dès qu’elles le voyaient, elle se
mettaient à courir, en lançant de petits « couics !
» affolés. Encore mieux que la balle que la personne qui le
nourrissait agitait pour l’amuser.
Cette
nuit-là, pas un seul ennemi à l’horizon. Le calme
plat, un cadre idéal pour chasser se disait-il. Il passa à
travers les grilles abîmées, comme à son habitude.
Toujours le même terrain. Il avançait à pas de
velours, contrôlant le moindre de ses mouvements, le moindre de ses
bruits, la moindre action était calculée. Dans sa
tête, une suite d’angle, une suite de tactiques, de
scénarios d’attaque. La proie, elle, ne l’avait pas
entendu venir, il rodait si bien qu’il était habituel que les
pauvres créatures se trouvant sur son chemin n’aient aucune
chance de l’entendre. La proie, c’était celle-ci : Une
petite souris grise, qui grignotait un bout de vieux biscuit laissé
à l’abandon par une personne sans doute peu scrupuleuse de
l’état du jardin…
Il commença sa
danse, s’enfonçant au maximum dans la pelouse grasse, remuant
l’arrière-train sans bruit, déplaçant ses
pattes peu à peu, de petits mouvements presque imperceptibles,
encore et encore. Cette danse sembla durer une éternité,
mais qu’est-ce qu’une éternité face à un
bon repas amplement mérité ?
A peine le temps de
trouver la meilleure position qu’il était déjà
lancé sur la pauvre bête terrorisée. Hop, un coup de
dents assassines ; ses crocs s’enfoncèrent à peine
dans la cavité des tempes, provoquant l’essoufflement radical
de la pauvre créature, qui allait désormais
n’être plus qu’une enveloppe corporelle vidée de
toute trace de vie.
Un repas de plus. Il penserait à
garder un morceau de foie ou une rate pour le rapporter en guise de cadeau
à la personne qui partageait son foyer, la main qui le nourrissait
de cette autre nourriture immobile. Oui, quand on est chat, on pense
à partager son repas, à en laisser un morceau à celui
ou celle qui est plus dans le besoin que soi. Et cette grande chose sur
laquelle il aimait se prélasser en enfonçant ses griffes
devait bien en avoir besoin !
Quel délice ! La
chasse de ce soir avait été bonne, ah oui ! La chair encore
toute chaude de sa proie était un régal, si bien
qu’avant de rapporter le trophée de chasse à son
domicile, il se prélassa un moment dans la pelouse, léchant
d’abord le contour de ses babines, puis les pattes, puis le ventre,
avant de s’endormir en boule, repu, heureux.
Heureux… Ce chat était heureux, car aucun problème
à l’horizon. Un foyer, de la nourriture, un terrain de
chasse, quelques bagarres gentilles ça et là, mais rien de
bien dangereux. Il était heureux, car jamais il ne
s’était rappelé de son passé. De sa vie, il
n’avait qu’un court film noir et blanc. Oh il avait bien
été marqué par une fête en été
qui faisait énormément de bruits, et de lumières, des
coups terribles qui venaient du ciel. Il avait bien été
marqué par cette fois où s’endormant sur un tas de
linges dans le drôle d’engin à la porte ronde et
vitreuse, il avait manqué se noyer… Mais de sa famille, il
n’avait aucun souvenir. L’idée même de famille
lui était totalement étrangère. Lui, il ne pensait
pas vraiment, il se levait quand bon lui chantait, allait chasser, se
nourrir, chercher quelque réconfort auprès de la grande
créature qui partageait son foyer, revenait dormir sur ce
magnifique pull de laine qui désormais avait plus du tapis de poils
de chat que du vêtement. Lui, il n’avait jamais pensé
que peut-être, ce soir-là, un homme le regardait faire,
l’observait de loin, adoptant les mêmes attitudes que lui,
sans faire de bruit, en se cachant.
L’homme, lui,
s’était tenu distant et silencieux tout le long de ce
cérémonial festif. Il avait patiemment attendu que son heure
soit venue. Le chat, désormais quasi endormi, avait mis ses oreilles
en veille, celles-ci devaient lui donner l’alerte en cas de
mouvement, celles-ci devaient détecter la moindre vibration. Mais
elles avaient coutume d’en entendre des vibrations ! Entre les
voitures, les passants, tous ces passages qui finalement,
n’étaient pas bien dangereux avaient donné
l’illusion à ce chasseur autrefois attentif à tout la
sensation qu’il pouvait bien s’assoupir quelques instants sans
craindre d’être lui-même la proie d’un autre !
Tout doucement, l’homme ouvrit le portail. Un
léger grincement réveilla cependant le chat, qui ouvrit
immédiatement deux billes vertes aux reflets rouges en direction du
danger potentiel. A la vue de cette grande chose qui ressemblait beaucoup
à la chose qui partageait son logement, il ne prit cependant pas
peur. La grande chose ne semblait pas représenter un danger pour
lui. Cependant sur ses gardes, il prit la position du chat sur le
départ, prêt à fuir en cas de tentative
d’approche. L’homme avançait doucement, un pied
après l’autre, se rapprochait à une allure rassurante.
Quand la distance de sécurité entre le chat et
l’homme ne fut plus suffisante d’après le chat,
celui-ci se redressa d’un coup et fila sous la plante verte la plus
proche, laissant juste ses deux billes en direction de l’homme afin
de suivre ses mouvements.
L’homme continua de le suivre,
doucement… Doucement. Le chat ne broncha pas. L’homme
était désormais à moins d’un mètre de
lui. Il se baissa doucement à hauteur du chat, lui parlant avec un
ton doux, une voix sécurisante, une petite monodie agréable.
Le chat baissa la garde. C’est ce moment que choisit l’homme
pour tendre son bras, donnant l’illusion qu’il voulut le
caresser. Le chat sentit la main se déplacer de son crâne
à la nuque, et quand celle-ci s’arrêta, sentit la
pression que la main exerça à cet endroit.
Trop tard, le chat s’était laissé prendre,
l’homme avait resserré ses griffes, le chat était
prisonnier. C’était ce qu’on lui avait appris dans sa
jeunesse, les maîtres, ses supérieurs, déjà sa
mère, en l’attrapant par le collier, le forçait
à se mettre en boule, en position fœtale. Il
n’était plus rien désormais qu’un petit sac de
poil que l’homme approcha de lui. Le chat tenta tout de même
un petit grognement intimidant, mais sans succès.
Il
vit une lumière sortir de la poche de l’homme, une
lame… Une lame tranchante. Aucun passage, rien, pas un bruit, il
n’y avait rien pour venir en aide au chat dont la vie était
désormais entre les mains de ce grand énergumène.
L’homme était pressé, il ne lui fallait
traîner plus longtemps dans le quartier. Il savait que
c’était dangereux, on risquait de l’y voir, de se
demander ce qu’il faisait là, un couteau à la main,
près de ce chat de gouttière. Sans perdre plus de temps, il
trancha la gorge du chat, qui miaula une dernière fois de toutes
ses forces de douleur. Un long filet de sang se répandait
régulièrement, à chacune de ses pulsations
cardiaques, et la vie quittait peu à peu le corps inanimé de
la pauvre bête qui n’avait rien demandé d’autre
que de chasser, manger, se faire caresser, maîtriser son petit
territoire tranquille.
Il posa le cadavre à terre,
et toujours avec sa lame, découpa l’abdomen de sa proie
à lui. Il vida les entrailles, vida tout ce qui se trouvait
à l’intérieur. A la place des organes, une fois son
vidage terminé, il inséra une petite vénus, signe de
la féminité, comme un signe de reconnaissance. Ce chat avait
été tué… Pour une raison. La vénus
était la clé. Sans doute, la maîtresse de ce chat ne
comprendrait pas ce qui rendait l’homme encore plus excité
par son meurtre de sang froid.
Puis, le rite terminé,
l’homme nettoya son couteau, nettoya les gouttes de sang qui avaient
coulé sur ses semelles et ses mains, et repartit, sans un bruit,
aussi discrètement qu’il était arrivé, ne
laissant derrière lui que l’ombre d’un crime horrible,
mais qui n’intriguerait que la maîtresse du chat. Avant de
disparaître, il déposa la carcasse de l’animal sur le
couvercle d’une poubelle, comme un vulgaire déchet, un
immondice qu’il fallait absolument jeter.
Cet épisode a été écrit par : Cybèle. Merci!!!
Le cadavre exquis du moment :
Alors que Thalis déchainait les foules en furie les deux jeunes pingouins qui avaient décidé d'organiser une banquise partie bavaient en regardant son épaulée dénudée
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