s'inscrire !

épisodes précédents: >2>3>4...>4

Episode 4

Dans la nuit, tous les chats sont gris...

C’était la nuit. Il l’aimait, la nuit, car il aimait l’obscurité. Il aimait par dessus tout se faufiler entre les grillages des maisons, entrer dans les jardins, chasser ça et là quelques petites bêtes s’étant trouvées sur son chemin. Il aimait chasser oui, c’était comme si son instinct perdu dès qu’il passait le seuil de la chatière revenait au galop dès qu’il se trouvait dans la verdure grise de la pénombre. Il se prenait alors pour un lynx, rien ne pouvait l’arrêter.

L’art de la chasse… Il ne se souvenait plus qui lui avait appris à se cacher, à rester immobile, à se concentrer, comment observer sa proie sans bouger, en mesurant tous les angles d’attaque pour choisir le meilleur. Et il était assez fier de ses prouesses d’ailleurs, qui lui permettaient de se nourrir doublement, se nourrir du délicat repas qu’on avait pas besoin de chasser, tous les jours dans sa gamelle, ainsi que des superbes proies joueuses. Ah les souris par exemple, étaient très joueuses d’après lui. Dès qu’elles le voyaient, elle se mettaient à courir, en lançant de petits « couics ! » affolés. Encore mieux que la balle que la personne qui le nourrissait agitait pour l’amuser.

Cette nuit-là, pas un seul ennemi à l’horizon. Le calme plat, un cadre idéal pour chasser se disait-il. Il passa à travers les grilles abîmées, comme à son habitude. Toujours le même terrain. Il avançait à pas de velours, contrôlant le moindre de ses mouvements, le moindre de ses bruits, la moindre action était calculée. Dans sa tête, une suite d’angle, une suite de tactiques, de scénarios d’attaque. La proie, elle, ne l’avait pas entendu venir, il rodait si bien qu’il était habituel que les pauvres créatures se trouvant sur son chemin n’aient aucune chance de l’entendre. La proie, c’était celle-ci : Une petite souris grise, qui grignotait un bout de vieux biscuit laissé à l’abandon par une personne sans doute peu scrupuleuse de l’état du jardin…

Il commença sa danse, s’enfonçant au maximum dans la pelouse grasse, remuant l’arrière-train sans bruit, déplaçant ses pattes peu à peu, de petits mouvements presque imperceptibles, encore et encore. Cette danse sembla durer une éternité, mais qu’est-ce qu’une éternité face à un bon repas amplement mérité ?
A peine le temps de trouver la meilleure position qu’il était déjà lancé sur la pauvre bête terrorisée. Hop, un coup de dents assassines ; ses crocs s’enfoncèrent à peine dans la cavité des tempes, provoquant l’essoufflement radical de la pauvre créature, qui allait désormais n’être plus qu’une enveloppe corporelle vidée de toute trace de vie.

Un repas de plus. Il penserait à garder un morceau de foie ou une rate pour le rapporter en guise de cadeau à la personne qui partageait son foyer, la main qui le nourrissait de cette autre nourriture immobile. Oui, quand on est chat, on pense à partager son repas, à en laisser un morceau à celui ou celle qui est plus dans le besoin que soi. Et cette grande chose sur laquelle il aimait se prélasser en enfonçant ses griffes devait bien en avoir besoin !

Quel délice ! La chasse de ce soir avait été bonne, ah oui ! La chair encore toute chaude de sa proie était un régal, si bien qu’avant de rapporter le trophée de chasse à son domicile, il se prélassa un moment dans la pelouse, léchant d’abord le contour de ses babines, puis les pattes, puis le ventre, avant de s’endormir en boule, repu, heureux.

Heureux… Ce chat était heureux, car aucun problème à l’horizon. Un foyer, de la nourriture, un terrain de chasse, quelques bagarres gentilles ça et là, mais rien de bien dangereux. Il était heureux, car jamais il ne s’était rappelé de son passé. De sa vie, il n’avait qu’un court film noir et blanc. Oh il avait bien été marqué par une fête en été qui faisait énormément de bruits, et de lumières, des coups terribles qui venaient du ciel. Il avait bien été marqué par cette fois où s’endormant sur un tas de linges dans le drôle d’engin à la porte ronde et vitreuse, il avait manqué se noyer… Mais de sa famille, il n’avait aucun souvenir. L’idée même de famille lui était totalement étrangère. Lui, il ne pensait pas vraiment, il se levait quand bon lui chantait, allait chasser, se nourrir, chercher quelque réconfort auprès de la grande créature qui partageait son foyer, revenait dormir sur ce magnifique pull de laine qui désormais avait plus du tapis de poils de chat que du vêtement. Lui, il n’avait jamais pensé que peut-être, ce soir-là, un homme le regardait faire, l’observait de loin, adoptant les mêmes attitudes que lui, sans faire de bruit, en se cachant.

L’homme, lui, s’était tenu distant et silencieux tout le long de ce cérémonial festif. Il avait patiemment attendu que son heure soit venue. Le chat, désormais quasi endormi, avait mis ses oreilles en veille, celles-ci devaient lui donner l’alerte en cas de mouvement, celles-ci devaient détecter la moindre vibration. Mais elles avaient coutume d’en entendre des vibrations ! Entre les voitures, les passants, tous ces passages qui finalement, n’étaient pas bien dangereux avaient donné l’illusion à ce chasseur autrefois attentif à tout la sensation qu’il pouvait bien s’assoupir quelques instants sans craindre d’être lui-même la proie d’un autre !

Tout doucement, l’homme ouvrit le portail. Un léger grincement réveilla cependant le chat, qui ouvrit immédiatement deux billes vertes aux reflets rouges en direction du danger potentiel. A la vue de cette grande chose qui ressemblait beaucoup à la chose qui partageait son logement, il ne prit cependant pas peur. La grande chose ne semblait pas représenter un danger pour lui. Cependant sur ses gardes, il prit la position du chat sur le départ, prêt à fuir en cas de tentative d’approche. L’homme avançait doucement, un pied après l’autre, se rapprochait à une allure rassurante.
Quand la distance de sécurité entre le chat et l’homme ne fut plus suffisante d’après le chat, celui-ci se redressa d’un coup et fila sous la plante verte la plus proche, laissant juste ses deux billes en direction de l’homme afin de suivre ses mouvements.
L’homme continua de le suivre, doucement… Doucement. Le chat ne broncha pas. L’homme était désormais à moins d’un mètre de lui. Il se baissa doucement à hauteur du chat, lui parlant avec un ton doux, une voix sécurisante, une petite monodie agréable. Le chat baissa la garde. C’est ce moment que choisit l’homme pour tendre son bras, donnant l’illusion qu’il voulut le caresser. Le chat sentit la main se déplacer de son crâne à la nuque, et quand celle-ci s’arrêta, sentit la pression que la main exerça à cet endroit.

Trop tard, le chat s’était laissé prendre, l’homme avait resserré ses griffes, le chat était prisonnier. C’était ce qu’on lui avait appris dans sa jeunesse, les maîtres, ses supérieurs, déjà sa mère, en l’attrapant par le collier, le forçait à se mettre en boule, en position fœtale. Il n’était plus rien désormais qu’un petit sac de poil que l’homme approcha de lui. Le chat tenta tout de même un petit grognement intimidant, mais sans succès.

Il vit une lumière sortir de la poche de l’homme, une lame… Une lame tranchante. Aucun passage, rien, pas un bruit, il n’y avait rien pour venir en aide au chat dont la vie était désormais entre les mains de ce grand énergumène.

L’homme était pressé, il ne lui fallait traîner plus longtemps dans le quartier. Il savait que c’était dangereux, on risquait de l’y voir, de se demander ce qu’il faisait là, un couteau à la main, près de ce chat de gouttière. Sans perdre plus de temps, il trancha la gorge du chat, qui miaula une dernière fois de toutes ses forces de douleur. Un long filet de sang se répandait régulièrement, à chacune de ses pulsations cardiaques, et la vie quittait peu à peu le corps inanimé de la pauvre bête qui n’avait rien demandé d’autre que de chasser, manger, se faire caresser, maîtriser son petit territoire tranquille.

Il posa le cadavre à terre, et toujours avec sa lame, découpa l’abdomen de sa proie à lui. Il vida les entrailles, vida tout ce qui se trouvait à l’intérieur. A la place des organes, une fois son vidage terminé, il inséra une petite vénus, signe de la féminité, comme un signe de reconnaissance. Ce chat avait été tué… Pour une raison. La vénus était la clé. Sans doute, la maîtresse de ce chat ne comprendrait pas ce qui rendait l’homme encore plus excité par son meurtre de sang froid.

Puis, le rite terminé, l’homme nettoya son couteau, nettoya les gouttes de sang qui avaient coulé sur ses semelles et ses mains, et repartit, sans un bruit, aussi discrètement qu’il était arrivé, ne laissant derrière lui que l’ombre d’un crime horrible, mais qui n’intriguerait que la maîtresse du chat. Avant de disparaître, il déposa la carcasse de l’animal sur le couvercle d’une poubelle, comme un vulgaire déchet, un immondice qu’il fallait absolument jeter.





Cet épisode a été écrit par : Cybèle. Merci!!!


Le cadavre exquis du moment :
Alors que Thalis déchainait les foules en furie les deux jeunes pingouins qui avaient décidé d'organiser une banquise partie bavaient en regardant son épaulée dénudée

Pour laisser un bout de phrase cliquez!

Powered by Cybèle, programmeuse du dimanche. | La goudou-attitioude est en vous!! | Contacter Cybèle |
mylinea 1 Guide Annuaire Annuaire Noogle Originegay Cinelez annuaire gratuit france.qrd UPYUP