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Un hôpital, un service des soins palliatifs, une morgue, des couloirs, des frigos, des corps, du formol, des gants, un scalpel, un homme, un portable qui sonne.
- Allo
- Allo Philippe, c’est Claire.
- Bonjour Claire, est-ce que tout va bien ? Tu pleures ?
- Non tout ne va pas bien.
Un long silence pensant au bout du téléphone commençait à inquiéter Philippe, qui s’impatienta.
- Mais parle, que se passe-t-il ?
- c’est ta mère …
- Ma mère ? Il y a un problème avec ma mère ?
- Elle … elle est …
Encore un de ces silences assourdissants et longs comme une éternité.
- Et bien, elle est quoi ?
- J’ai appelé le médecin mais… C’était trop tard Philippe, je te jure !
- Non ! Non ! Ce n’est pas possible ! Quoi mais parle !
- Philippe, elle est décédée … Je suis désolée, ta mère est décédée.
- Mais … Ce n’est pas possible ! Que s’est il passé ? Où est-elle ?
- Une violente crise d’asthme allergique, je n’ai rien pu faire, je suis rentrée trop tard.
- Où es-tu ?
- A la maison… Je… Philippe, viens s’il te plaît !
Philippe raccrocha en se laissant s’affaisser le long du mur, le poing serré sur son scalpel, comme s’il s’accrochait à la dernière branche.
Philippe est le fils de Maggy ; Maggy, la femme de Claire ; Claire, la belle-mère de Philippe ; Philippe, le fils de Maggy… Cela fait penser à une boucle bien bouclée ? Pas tout à fait. Il a aussi Patouche, le chat adoré et adorable de Maggy, détestable et détesté de Philippe. Et Claire dans l’histoire ? Elle s’en fout du chat, sinon qu’elle trouve que Maggy apportait une attention excessive à Patouche , surtout en comparaison à l’attention qu’elle portait à Philippe, autant dire aucune.
Une ville, une rue, une maison, un salon, un cadavre, une femme qui pleure, une homme qui sonne à la porte.
- Philippe …
Philippe prit Claire dans ses bras et toute leur peine se mélangea, pour en former une seule plus grande encore. Plus rien à cet instant n’existait, plus rien sauf le pas de la porte et les peines d’une femme et d’une mère perdue.
Ils entrèrent tous les deux dans la maison et gagnèrent le salon.
Des cadavres, Philippe en avait vu des tonnes, de toutes sortes, à différents états de putréfaction, ça ne lui faisait rien, mais le cadavre de sa mère, c’est pas pareil. Ce n’est pas un tas de chair et d’os, c’est sa mère, celle qui l’a mise au monde, nourri et commandé. C’est peut-être tout ce qu’elle a fait, mais elle l’a fait. Il pleurait plus ce qu’il n’avait pu vivre avec elle que ce qu’il avait vécu.
Maggy était morte dans son fauteuil, le teint jaunâtre, tirant sur le bleu un niveau du visage. Les traits tirés, les yeux et la bouche entre-ouverte. Maggy était morte dans la souffrance. Philippe lui pris la main, elle était déjà rigide et froide. Machinalement, d’un geste professionnel, il ferma la bouche et les yeux de sa mère. Pour une fois il laissera le reste du travail à d’autres, d’autres pour qui sa mère n’est qu’un cadavre, un tas de chair et d’os.
Philippe rejoint Claire dans la cuisine et se servi un verre d’eau. Dans ces cas là, c’est la seule chose qu’on peu avaler, mais le verre d’eau du décès a le goût du vinaigre. Le médecin était déjà passé pour constater le décès et en déterminer la cause. Les seules traces de son passage étaient sa note d’honoraires et son rapport. Traces bien insignifiantes par rapport à celles que laissent la perte d’une mère.
Philippe prit le rapport et lu : Décédée d’une détresse respiratoire provoquée par une crise d’asthme probablement d’origine allergique. Voilà comment en une ligne on écrit la dernière d’une vie.
Claire, en séchant ses larmes qui ne seront pas les dernières, rompt le silence.
- Qu’est ce qu’on va faire Philippe ?
- Elle a laissé une lettre ? Quelque chose ?
- Oui une lettre, qu’elle avait écrit au cas où …
- Tu l’as lue ?
- Non, je ne voulais pas.
- Où est – elle ?
Claire se leva, alla jusque dans leur chambre, souleva le matelas et sorti une enveloppe. L’écriture de Maggy sur l’enveloppe aurait fendu encore un peu plus le cœur de Claire, s’il y avait encore eu quelque chose à fendre. L’écriture ne parvint qu’à broyer encore quelques morceaux. Elle tendit l’enveloppe à Philippe. Il l’ouvrit, sortit la lettre et lu à voix haute.
« Ma chère et tendre,
En écrivant cette lettre, je me sens ridicule, je ne suis pas vieille ni en mauvaise santé et pourtant, je t’écris, comme on dit, au cas où, il m’arriverait quelque chose.
La maison est au nom de Philippe, elle lui revient de droit mais je souhaite que tu puisse rester habiter aussi longtemps que tu le voudras. Les meubles et tout ce qu’il y a dans la maison est à nous donc à toi. Je souhaite également que tu prennes soin de Patouche. Toi et Philippe payerez mes funérailles avec mon argent et vous vous partagerez ce qu’il reste.
J’aimerais un enterrement en toute simplicité et dans la discrétion.
J’emporterai avec moi le souvenir d’une femme aimante.
Je t’aime
Maggy »
Prendre soin de Patouche… prendre soin de son fils ? Non ! Du chat !
Prendre ça en pleine poire, ça déchire le cœur, ça retourne les tripes, et ça donne envie de disparaître.
- Je vais rentrer
- …
- Je te retrouve demain soir.
- Ok
- Ca ira ?
- Oui, et toi ?
- Ca ira.
Philippe ne se souvient pas comment il est rentré chez lui, comment il a réussi à s’endormir et à travailler le lendemain. Tout tomba dans le vide quand un gouffre énorme se créa en lui lorsque le lendemain soir, il découvrit la maison de sa mère vide, complètement vide.
Plus personne, personne sauf … Patouche.
Cet épisode a été écrit par : toch. Merci!!!
Le cadavre exquis du moment :
quand la pluie s'est mise à tomber, julie la petite olive, qui était tres fachée, machouillait une tétine à goudounette.
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